Activision Blizzard : comptes trimestriels, valorisation boursière et concurrence chinoise

Pour le premier trimestre 2021, Activision Blizzard revendique des résultats en croissance grâce à ses principales licences. De quoi doper sa valorisation boursière et se préparer face à la concurrence chinoise (notamment en recrutant).

Activision Blizzard : premier trimestre 2021

La nuit dernière, le groupe Activision Blizzard publiait ses comptes du premier trimestre 2021 pour revendiquer des résultats particulièrement solides, portés par sa « stratégie de licences » (Call of Duty, Warcraft et Candy Crush).

En termes chiffrés, Activision Blizzard annonce un chiffre d’affaires trimestriel de 2,28 milliards de dollars (contre 1,79 milliards à la même période en 2020), pour un résultat opérationnel de 795 millions (contre 612 millions il y a un an) et un bénéfice net établi à 619 millions( contre 505 millions au premier trimestre 2020). On le comprend, les résultats sont en progression annuelle, permettant à Activision Blizzard de revoir ses prévisions annuelles à la hausse : le groupe table désormais sur un chiffre d’affaires annuel de 8,37 milliards en 2021 (contre les 8,2 milliards précédemment annoncés).

Des licences solides

Pour expliquer ce résultat, le groupe vante notamment les performances de ses principales licences.

Activision Blizzard : premier trimestre 2021

La branche Activision revendique à elle seule une croissance de 72% en un an de son chiffre d’affaires grâce à Call of Duty Warzone, la version free-to-play, fait figure de produit d’appel efficace qui conduit ensuite les joueurs vers les versions « premium » de la licence. Et les adaptations mobiles de Call of Duty ont permis d’attirer des cohortes de nouveaux joueurs – Activision revendique un nouveau record de 150 millions de joueurs actifs sur 30 joueurs au cours du premier trimestre et un triplement du nombre de joueurs sur la licence en deux ans.

Sur le front de Blizzard Entertainment, les résultats sont moins flamboyants mais restent en progression (fort d'un chiffre d’affaires en progression annuelle de 7%), notamment grâce à World of Warcraft – à la fois l'extension Shadowland qui parvient manifestement à fidéliser ses joueurs et la version Classic du MMORPG.
On constate néanmoins une érosion du nombre de joueurs actifs sur les titres de Blizzard : ils ne sont plus que 27 millions de joueurs actifs sur 30 jours au cours du premier trimestre 2021 (contre 32 millions un an plus tôt et 38 millions au premier trimestre 2018). On imagine que la perte de joueurs est la plus significative sur HearthStone, qui a permis d’attirer de nombreux joueurs en son temps, mais n’est sans doute pas le titre du catalogue de Blizzard le mieux taillé pour les fidéliser.

Le souci de la valorisation boursière

Assez significativement, on constate aussi que la présentation de Bobby Kotick, le patron d’Activision Blizzard, laisse une large place à la valorisation boursière de son groupe – vantant notamment un gain par action de 29% en un an.
Il souligne surtout qu’au cours des 20 dernières années, son groupe a assuré un taux de rendement de 21% à ses actionnaires (contre seulement 8% pour la moyenne des 500 valeurs boursières de référence aux Etats-Unis). Peut-être plus parlant encore, il précise qu’un actionnaire ayant investi 1000$ en actions Activision en 2001 profiterait aujourd’hui d’une valorisation de 45 000$ (contre 4900$ au regard de la croissance des 500 valeurs de référence).

Bobby Kotick

Les propos (et leur insistance) ne sont peut-être pas le fruit du hasard. Voici quelques jours, les mêmes actionnaires d’Activision Blizzard prolongeaient Bobby Kotick dans ses fonctions jusqu’à fin mars 2023, mais réduisaient aussi sa rémunération de moitié – son salaire passe dorénavant de 1,75 millions de dollars par an à 875 000 dollars annuels... quand bien même il faut y ajouter ses bonus qui peuvent atteindre 200% de sa rémunération annuelle (donc 1,75 millions) pour peu que ses objectifs soient atteints.
Entre les lignes, on pourrait considérer que Bobby Kotick blâme les actionnaires de réduire sa rémunération quand il œuvre lui-même à faire leur fortune – on ne le plaindra peut-être pas pour autant, Bobby Kotick détient toujours 4,8 millions d'actions Activision.

La concurrence chinoise

Toujours est-il que sur un plan plus stratégique, le patron d’Activision Blizzard s’inquiète aussi manifestement de la concurrence chinoise. La Chine a longtemps été un marché très lucratif, un producteur important de jeux mais faisant peu d’ombre aux blockbusters vidéo ludiques occidentaux. La donne change : la Chine monte en gamme et exporte ses jeux partout à travers le monde.

Manifestement, Bobby Kotick entend en tenir compte : depuis début 2020 et jusqu’à fin 2022, le groupe doit recruter 2000 développeurs supplémentaires, de sorte d’étoffer les équipes de développement des principales franchises du groupe (les effectifs de certaines équipes vont tripler par rapport à leur taille de 2019) et Activision Blizzard prévoit d’ouvrir de nouveaux studios, en Chine donc, mais aussi en Pologne, en Australie et au Canada, afin de « trouver et fidéliser les meilleurs talents de l’industrie » et de rester compétitif (à l'heure où le groupe fait face au départ de plusieurs de ses cadres emblématiques) – et in fine pour « assurer aux actionnaires de toujours aligner performance et rémunération ». Manifestement, le groupe entend se donner les moyens de pérenniser sa croissance financière. 

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