Blocage des jeux en Chine : 14 000 disparitions d'entreprises et un recentrage vers l'Occident

La Chine bloque de nouveau l'octroi d'agréments permettant de distribuer des jeux sur son territoire : 14 000 entreprises du secteur auraient disparu depuis juillet et les poids lourds de l'industrie se réorientent vers les marchés non chinois. 

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Depuis quelques années, la Chine a drastiquement réduit le nombre d’agréments que ses administrations octroient et dont les développeurs de jeux ont besoin pour distribuer leurs titres sur le territoire chinois – l’octroi d’agréments est resté bloqué presqu’un an en 2018, s’est réformé en 2019 pour durcir les conditions d’accès au marché chinois, s’est sensiblement assoupli en 2020, avant de se montrer de nouveau drastique en 2021. Et si l’on en croit le South China Morning Post, aucun agrément n’a été distribué depuis juillet dernier (contre une centaine par mois auparavant).

À défaut d’agrément, les développeurs de jeux ne peuvent plus distribuer leur production en Chine et ce blocage a évidemment des conséquences sur l’écosystème vidéo ludique chinois – les développeurs et éditeurs de jeux, mais aussi les secteurs qui y sont liés comme le merchandising ou la publicité. Toujours selon le South China Morning Post, quelque 14 000 sociétés auraient ainsi disparu des listings d’entreprises du secteur depuis juillet dernier (qu’elles aient fait faillite ou se soient recentrées sur d’autres secteurs). À titre de comparaison et pour mesurer l'accélération des destructions d'entreprise du secteur, seules 18 000 sociétés de l’industrie du jeu avaient disparu au cours de l’ensemble de l’année 2020.

Sans surprise, ce sont les plus petits studios qui sont principalement touchés par la mesure, mais les géants du secteur ne sont pas épargnés non plus, à commencer par Tencent et NetEase, qui procèdent à des restructurations et des  licenciements.
On le sait, en matière d’économie, rien n’est plus délétère que l’incertitude, et les tergiversations des autorités de régulation chinoises inquiètent les poids lourds de l’industrie du jeu – qui se réorientent donc vers les marchés non-chinois. Tencent vient ainsi d’ouvrir un nouveau studio à Singapore (sous l’égide de sa filiale TiMi Studio, à l’origine de ses principaux succès commerciaux), en plus d’installer des bureaux à Los Angeles, Seattle ou encore Montréal, et les studios locaux imaginent leurs prochains titres pour une audience mondiale. 

On le sait, l’industrie du jeu vidéo en Chine connaissait une croissance impressionnante ces dernières années, à la fois du fait des développeurs locaux et des laboratoires de recherches, mais aussi grâce à l’attractivité de son marché local qui attirait les développeurs occidentaux (la Chine comptait 989 millions d'internautes en 2021 férus de jeux en ligne). Pour autant, les autorités chinoises considèrent aujourd’hui le jeu vidéo comme « une menace pour la santé publique des plus jeunes » (évoquant les risques d’addiction), en plus de menacer également la culture chinoise puisque le jeu vidéo serait un loisir trop occidental, susceptible de pervertir l’esprit des jeunes chinois. Et les autorités chinoises font manifestement primer la culture locale sur l'économie. On sera curieux d'en découvrir les conséquences concrètes, en Chine et en Occident, au cours des mois à venir. 

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