Vers une interdiction de toutes transactions avec les Chinois TikTok et Tencent aux Etats-Unis

Par décret, Donal Trump annonce l'interdiction de toute transaction impliquant des Américains avec le groupe chinois ByteDance (TikTok) et le géant Tencent (WeChat). Un décret qui pourrait avoir des répercutions d'envergure sur l'industrie mondiale du jeu. 

On le sait, Donald Trump entretient des relations ambiguës avec les réseaux sociaux : le président américain en est un utilisateur compulsif (notamment de Twitter) jusqu’en faire des outils incontournables de sa communication, voire de sa politique. Mais ce faisant, le président américain s’est aussi rendu dépendant d’entreprises privées, qui appliquent leur propre règlement de façon discrétionnaire. Presque comme tout autre utilisateur de réseaux sociaux, les publications de Donald Trump ou de son équipe de campagne sur Twitter, Facebook ou YouTube peuvent faire l’objet d'actes de modération voire de suspension – notamment pour incitation à la haine (pendant les émeutes ayant fait suite à la mort de George Floyd) ou diffusion de fausses informations (concernant la pandémie de Covid-19).
Dans ce contexte houleux, Donald Trump est prompt à menacer les réseaux sociaux américains (par exemple pour modifier le régime juridique dont ils dépendent aux Etats-Unis) mais sans pour autant, pour l’instant, mettre sa menace à exécution – ce serait le risque, peut-être, de voir les réseaux sociaux américains se délocaliser ailleurs dans le monde.

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Mais le président américain a manifestement moins de scrupules à l’égard des réseaux sociaux chinois : par décret, Donald Trump annonce l’interdiction sous 45 jours de toutes transactions impliquant des Américains, sociétés américaines ou sociétés ayant des liens avec les Etats-Unis (la notion s’entend de façon extensive puisque commercer en dollar suffit à tomber sous le coup de la législation américaine) avec le groupe chinois ByteDance qui détient le réseau social vidéo TikTok et le géant Tencent qui exploite WeChat.
Pour expliquer cette décision, le décret précise que « la diffusion aux Etats-Unis d’applications mobiles développées ou détenues par des sociétés de République Populaire de Chine persiste à menacer la sécurité nationale, les affaires étrangères et l’économie des Etats-Unis ». Et de préciser que ces applications « menacent de permettre au parti communiste chinois d’accéder aux données personnelles des Américains – permettant potentiellement à la Chine de traquer les employés fédéraux, de constituer des dossiers d’informations personnelles en vue de chantage et de mener de l’espionnage industriel et commercial ».

On savait que Tiktok était dans le collimateur de Donald Trump, notamment depuis son meeting de Tulsa qui devait donner le coup d’envoi de sa campagne de réélection : les jeunes utilisateurs du réseau social se seraient mobilisés pour gonfler artificiellement les inscriptions au meeting (jusqu’à atteindre un million de préinscriptions en ligne, faisant dire à Donald Trump que le meeting réunirait un million de spectateurs sur place). Aucun de ces jeunes n’a réellement fait le déplacement et le meeting de Tulsa a finalement réuni moins de 10 000 participants – et les images d’une salle quasi vide ont fait le tour des Etats-Unis, et au-delà, obérant le lancement officiel de campagne du candidat.
Depuis quelques jours, Donald Trump menaçait d’interdire TikTok aux Etats-Unis, jusqu’à ce que Microsoft annonce son intention de racheter le réseau social – qui passerait ainsi entre des mains américaines et non plus chinoises. Le délai de 45 jours du décret vise manifestement à permettre de conclure la transaction.

La surprise vient néanmoins du fait que Donald Trump cible aussi Tencent et ses filiales, et plus spécifiquement son réseau social WeChat – immensément populaire en Chine, mais très peu utilisé hors des frontières de l’ex-empire du milieu. Pour autant, on le sait, Tencent mène depuis des années une politique d’acquisitions très agressive en Occident et notamment dans l’industrie du jeu – le groupe chinois possède l’Américain Riot Games (League of Legends) ou le Norvégien Funcom, détient des positions majoritaires dans le capital du Finlandais Supercell (Clash of Clans) ou du Néo-zélandais Grinding Gear Games (Path of Exile), mais aussi des positions minoritaires dans Epic Games, Ubisoft, Activision, Paradox ou encore Frontier Developments, parmi de nombreux autres.
Si l’interdiction de WeChat aux Etats-Unis n’aurait sans doute que très peu de conséquences, Tencent détient aussi des participations dans les réseaux sociaux Reddit et Discord, bien plus populaires auprès des joueurs occidentaux. Et plus largement, une interdiction de transactions aux Etats-Unis (avec des studios américains, mais aussi avec les joueurs américains) pourrait mettre un coup d’arrêt à l’activité de très nombreux studios de développement à travers le monde.
Le décret n’est pas encore entré en application (il ne le sera pas avant 45 jours et dans le monde de Donald Trump, on sait qu’il peut se passer beaucoup de choses en 45 jours), mais dans l’hypothèse où il viendrait à s'appliquer tel que présenté actuellement, ce décret surprise pourrait avoir des répercussions d’envergure sur l’industrie mondiale du jeu vidéo.

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