Twitch jette l’éponge en Corée du Sud

Qui doit financer les infrastructures réseaux qui permettent aux fournisseurs de contenu de toucher leur client ? En Corée, les fournisseurs de contenu doivent contribuer financièrement mais les coûts prohibitifs ont eu raison de Twitch. 

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La plateforme Twitch est de plus en plus omniprésente dans l’écosystème vidéo ludique mondial et on imaginerait sans peine qu’elle soit incontournable en Corée du Sud, qu’on considère traditionnellement comme la « nation du jeu vidéo » et l’une des patries de l’e-sport. Pour autant, dans un billet publié sur le blog officiel, le patron de Twitch Dan Clancy annonce la fermeture de la plateforme en Corée du Sud à partir du 27 février prochain.

Dans sa note, il indique avoir « profondément conscience que cette décision est très décevante pour les streamers coréens qui ont investi beaucoup de temps et d'efforts pour réunir leurs communautés sur Twitch et qui dépendent de Twitch pour leur subsistance ». Après de « longues réflexions », il se dit néanmoins contraint à ce choix, du fait des « coûts de fonctionnement prohibitifs de Twitch en Corée ». Selon Dan Clancy, Twitch a longtemps cherché des moyens de réduire ces coûts (notamment en réduisant la résolution des vidéos), mais sans y parvenir. Et de préciser que Twitch a longtemps « fonctionné avec difficulté en Corée en réalisant des pertes financières importantes », mais la situation atteint aujourd’hui un niveau tel que la société n’a plus les moyens de poursuivre ses activités au Pays du matin calme. Dont acte.

Des infrastructures Internet au coût prohibitif en Corée

Il faut préciser que le modèle adopté par la Corée du Sud voici quelques années pour financer ses infrastructures réseaux est un peu particulier – et fait figure de (contre ?) exemple pour de nombreux pays dans le monde. Concrètement, les infrastructures réseaux sont traditionnellement déployées (et financées) par des opérateurs et ces infrastructures sont ensuite utilisées par les fournisseurs de contenus que ce sont Twitch mais aussi Netflix, Google ou Facebook et Amazon, parmi d’autres. Or aujourd’hui, ces fournisseurs de contenus consomment plus de la moitié du trafic qui circule sur les infrastructures des opérateurs, et les opérateurs réclament donc que les fournisseurs de contenu contribuent financièrement au déploiement desdites infrastructures. En d’autres termes, ceux qui utilisent l’essentiel des « tuyaux de l’Internet » devraient contribuer à l’installation des « tuyaux » en question.

Le raisonnement semble plutôt cohérent et c’est le choix qu'a fait la Corée en 2016, qui a adopté une « taxe d’infrastructure » (le modèle « SendingParty-Network-Pays ») appliquée aux gros consommateurs de bande passante.

Après quelques années d’expérimentations, le modèle se révèle moins efficace qu’escompté : le coût d’usage des infrastructures a considérablement augmenté en Corée, entrainant tantôt une dégradation des services en ligne (pour consommer moins de bande passante), tantôt une hausse des coûts répercutée sur les utilisateurs (les abonnés coréens paient le 1 Go de data environ six fois plus cher qu’en Europe). D’autres, comme Twitch, font le choix de quitter le marché coréen, évoquant des frais de réseau en Corée dix fois plus élevés que dans la plupart des autres pays.

Un (contre) exemple pour l'Europe ?

Et l’exemple coréen n’est pas forcément anecdotique. Les pays européens réfléchissent aussi actuellement à leur propre modèle de financement des infrastructures numériques, avec l’ambition de mettre les fournisseurs de contenu à contribution – par exemple au travers d’une « taxe d’infrastructure » à la sauce européenne. Manifestement, cette option suscite de sérieuses réserves (notamment parce qu’elle serait contraire au principe de neutralité du net qui sert de cadre à la régulation d'Internet notamment en Europe), mais l’exemple coréen est sans doute riche d’enseignements.

De son côté, Twitch assure vouloir accompagner les streamers coréens concernés par la mesure et leurs communautés, dans une « transition douce vers de nouveaux foyers » (Twitch se dit prêt à travailler avec YouTube, notamment, pour faciliter la transition des streamers). Comme souvent, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Suite à l'annonce, le cours de bourse d'Afreeca TV (l'un des principaux concurrents de Twitch en Corée) a grimpé de 19% en 24 heures et Naver se dit prêt à accueillir les streamers coréens sur ses propres infrastructures. 

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