Le BitCoin à un million : condamnation de l'ESEA

L'eSport est en quête de méthodes de monétisation pérennes et l'ESEA misait sur l'exploitation de la puissance de calcul de ses spectateurs (sans les avertir, ni recueillir le consentement). L'Association est condamnée et lourdement sanctionnée.

Le BitCoin à un million : condamnation de l'ESEA

Le sport électronique gagne en popularité et touche un public de plus en plus large, mais peine encore à monétiser cette audience et cherche un modèle économique viable et pérenne. Dans le cadre de ses investigations, l'ESEA (l'eSports Entertainment Association, chapeautant de nombreux tournois de sport électronique autour de Counter Strike ou Team Fortress 2) envisageait une monétisation basée sur le BitCoin, cette devise virtuelle hautement volatile et spéculative.
L'Association américaine entendait inviter les spectateurs de sports électroniques à « miner des BitCoins » (utiliser la puissance de calcul des ordinateurs des spectateurs à son profit pour collecter des BitCoins, pouvant ensuite être convertis en dollars). L'opération s'est avérée peu concluante au regard de la rentabilité espérée et officiellement, l'ESEA renonçait à son projet. De sa propre initiative, en avril dernier, un employé de l'Association la mettait néanmoins en oeuvre en toute discrétion (via un sous-programme caché dans un logiciel anti-triche) et, en l'espace de deux semaines, récoltait ainsi l'équivalent de 3 713,55 dollars pour son propre compte.
Même si l'initiative apparait clairement malhonnête, l'affaire aurait pu en rester là. C'était sans compter la puissance de calcul exigée par le « minage de BitCoins » : le matériel informatique de certains utilisateurs faisant tourner le programme vérolé n'a pas tenu la charge, jusqu'à griller des cartes graphiques - et dévoiler la supercherie au grand jour.

L'ESEA faisait alors amende honorable, reversait les 3 713 dollars indûment collectés au pot de son prochain tournoi et versait 3 713 dollars supplémentaires à une association caritative de lutte contre le cancer. Et l'affaire aurait pu en rester. C'était sans compter John J. Hoffman, procureur général du New Jersey, soucieux du bon droit des geeks de sa circonscription et qui engageait donc des poursuites contre l'ESEA.
Selon le procureur, l'ESEA ne pouvait ignorer les agissements de son salarié et est donc responsable du « piratage illégal du PC de milliers d'internautes, sans les en avoir informé, ni avoir recueilli leur consentement, en s'autorisant de monitorer leurs activités, et en minant une devise virtuelle ayant une réelle valeur en dollars, au risque d'endommager leur matériel informatique ».

Après plusieurs mois d'instruction et de procédure, les juridictions américaines viennent de rendre leur verdict : l'ESEA est reconnu coupable et lourdement sanctionnée. Aux termes de la décision rendue par les juridictions du New Jersey le 4 novembre dernier (et dont le texte était publié voici quelques jours), l'Association est condamné à 325 000 dollars d'amende (un peu moins de la moitié au titre de l'amende ; 100 000 dollars qui seront confiés au procureur pour financer la lutte contre le piratage informatique dans son Etat et le reste en frais de justice). Et pour faire bonne mesure (et atteindre ainsi une condamnation à un million), en cas de récidive au cours des dix ans à venir, l'ESEA souffrira d'une pénalité supplémentaire de 675 000 dollars.
De son côté, par voie de communiqué, l'ESEA se dit en total désaccord avec la décision des juges, dénonçant la « méconnaissance » du procureur « des faits de l'affaire et de la nature des activités de l'association ». On ignore encore si l'ESEA entend interjeter appel de la décision, mais d'ici là, on retiendra néanmoins qu'avec la popularité croissante du sport électronique chez les joueurs et des ambitions des organisateurs de tournois, le secteur est de plus en plus considéré comme une activité « comme une autre » et ne souffre plus l'amateurisme qu'on lui a connu voici quelques années. De toutes évidences, le secteur devra trouver un modèle économique viable - et sans ambiguïté quant à sa légalité.

Réactions (21)


  • En chargement...