World of Warcraft et Second Life infiltrés par la NSA et la CIA pour lutter contre le terrorisme

Parmi les documents classés de la NSA mis au jour par Edward J. Snowden, il apparait que les agences de renseignements infiltrent les MMO, à la fois pour traquer d'éventuels terroristes et recruter de nouveaux agents.

L'actualité récente l'a montré : les communications numériques font l'objet d'une attention toute particulière des agences de renseignements de toutes les grandes nations (et la France ne fait pas exception à l'heure où le parlement vote les lois de programmation militaire 2014-2019 susceptibles, si le texte est voté, d'autoriser l'Etat à accéder aux données des opérateurs de communications électroniques sans intervention d'un juge).
Les uns y voient le moyen de lutter efficacement contre la criminalité et le terrorisme, les autres une intrusion dans la vie privée des internautes - et cette collecte massive de renseignements partout à travers le monde s'étend manifestement jusque dans les mondes virtuels des jeux en ligne et MMO.

C'est ce que l'on note dans une série de documents classifiés de la NSA, mis au jour par Edward J. Snowden et relayés notamment par le New York Times, le Guardian et ProPublica. Selon les documents, depuis 2006, les agences de renseignements américaines et britanniques considèrent les « univers virtuels de jeux vidéo » comme des « opportunités » pour les terroristes, qui y verraient l'occasion d'échanger discrètement et anonymement - d'autres avaient déjà émis ce type d'hypothèses.
Pour parer cette menace, les agents de la NSA et la CIA auraient ainsi « infiltré » divers MMO, parmi lesquels « World of Warcraft, Second Life, le Xbox Live et d'autres jeux en ligne ». L'occasion d'identifier « des scientifiques nucléaires iraniens, des hackers chinois ou encore des membres du Hezbollah et du Hamas » parmi les joueurs (les documents de la NSA mentionnent « des comptes, personnages et guildes liées à groupes extrémistes islamiques, à la prolifération nucléaire et à la vent d'arme » dans World of Warcraft ou des discussions captées sur le XBox Live). Les MMO seraient tout autant le moyen, pour les agences de renseignement, de recruter de nouveaux agents : parmi les joueurs, elles auraient ainsi identifié « des ingénieurs, des chauffeurs d'ambassade, des scientifiques et autres membres opérationnels d'agences d'intelligence étrangères », comme autant de cibles à recruter.

On ignore dans quelle mesure cette surveillance a porté ses fruits (notamment parce que selon des spécialistes du renseignement, les MMO ne seraient pas un moyen de communications très efficace pour d'éventuels terroristes tant le comportement des joueurs est déjà traqué et analysé par les exploitants, à des fins commerciales), mais on s'interroge néanmoins sur les moyens mis en oeuvre par les services de renseignements.
Interrogé par ProPublica, Blizzard dit « ne pas être informé de la moindre surveillance » dans World of Warcraft et que « si elle a effectivement bien eu lieu, elle a été diligentée sans information ni autorisation préalable ». Et si Microsoft se refuse au moindre commentaire, ProPublica souligne que Cory Ondrejka, longtemps parmi le premier cercle du studio Linden Lab (Second Life) et aujourd'hui en charge de la recherche en matière de jeux mobiles chez Facebook, est un ancien officier de la Navy ayant travaillé à la NSA et disposant d'un haut niveau d'accréditation (à tel point qu'il aurait participé à des formations de ses anciens collègues afin de leur exposer les subtilités du jeu en ligne en matière de renseignement).
Si l'on savait déjà que le comportement commercial des joueurs est décrypté par les éditeurs, il semblerait que leurs opinions politiques le soient tout autant. On imagine que les apprentis terroristes prendront garde à leurs discussions entre deux instances, tout comme les joueurs se rêvant agent secret, susceptibles d'être recruté au milieu d'un raid.

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