Le MMO à l'Assemblée

13/2/2007 à 20:47:31 | Par Uther | 13 réactions |
Le projet de loi relatif à « la prévention de la délinquance » traite du jeu vidéo dans son article 17, notamment pour encadrer les titres les plus violents. Actuellement en deuxième lecture à l'Assemblée, le projet fait l'objet d'un amendement strict du député Bernard Depierre.

On le sait, le jeu vidéo fait partie intégrante de l'article 17 du projet de la loi relative à « la prévention de la délinquance ».
Principalement axé sur deux propositions, le texte prévoit d'une part d'imposer une signalétique permettant d'identifier les jeux vidéo les plus violents et pose d'autre part la création d'une « autorité administrative » doté d'un pouvoir de censure des jeux vidéo.

Actuellement en deuxième lecture à l'Assemblée, le projet de loi fait l'objet d'un amendement du député Bernard Depierre (pouvant être intégralement consulté sur le site de l'Assemblée Nationale - nous vous invitons tout particulièrement à lire l'exposé sommaire de Bernard Depierre), visant à renforcer les pouvoirs de cette autorité administrative.
Rédigé en concertation avec l'AFJV et de l'association Famille de France, l'amendement, s'il devait être adopté, confirait à « l'autorité administrative », la charge de formuler « les critères de classification » de jeux vidéo (en lieu et place du système consultatif PEGI, en activité depuis 2003 et géré par l'ensemble des acteurs de l'industrie vidéo ludique), mais aussi d'en « vérifier le contenu avant et après la mise à disposition du public ».
Selon le même amendement, cette autorité administrative devrait être composée de « juristes, professionnels [...] et représentants des associations de familles ». Interrogeant sans doute sur la représentativité de ladite autorité, les représentants des utilisateurs de jeu en sont manifestement exclus.

Sur la base des classifications arrêtées par l'autorité, l'amendement prévoit d'imposer aux revendeurs mais aussi aux exploitants de MMOG de « mettre en place des procédures de contrôles » de l'âge des utilisateurs... L'autorité administrative est par ailleurs compétente pour « mener toute action judiciaire » permettant de faire respecter les dispositions précitées.
Dans le dernier article de son amendement, Bernard Depierre impose « une déclaration préalable auprès de l'autorité administrative », pour toute « organisation de jeux vidéo en public ou en réseau » (sur le modèle des commissions chinoises de contrôles des jeux en ligne ?).

Au-delà d'une forme de censure dans la distribution du jeu vidéo et du contrôle des joueurs, on peut s'interroger sur les moyens nécessaires à cette autorité administrative pour mener la mission dont la charge cet amendement (contrôle du contenu des jeux et des moyens de ventes, que ce soit en ligne ou en magasin)... Le vote des députés devrait avoir lieu demain mercredi.

Mise à jour : l'amendement du député B. Depierre a finalement été retiré et n'a donc pas été présenté au vote des députés. A l'inverse, l'amendement 83 a bien été adopté par l'Assemblée. L'exposé sommaire reste représentatif de l'image du jeu vidéo au sein de la classe politique.

  • Imprimer
  • Envoyer par e-mail
  • Réagir
Publicité

Vos réactions

Tauog
Avatar de Tauog
Le 13/2/2007 à 21:57:09
Y font quoi là ? J'ai l'impression que cette "assemblée " remplace les parents, c est du gros n'importe quoi. Pour les jeux violents, les parents peuvent suivre leur gamin jusqu a 15ans quand même, après il est en âge de jouer tout va bien. Il existe déjà les systèmes de censure et autre dans les jeux les plus extrêmes, je vois pas trop l'intérêt.

Pour les MMORPG, toujours la même chose, l abonnement se paie pas tout seul, on passe obligatoirement par maman et papa avant les 18 ans, donc je comprends pas du tout. Pourquoi toucher aux MMORPG?
Incan
Avatar de Incan
Le 13/2/2007 à 22:01:42
C'est assez ... drôle...

L'exposé ressort pas mal de clichés mais je suis quand même content d'apprendre que le jeu vidéo est considéré comme une création artistique.

Le contrôle de l'âge des acheteurs c'est normal, au point que ça devrait être en place depuis longtemps déjà.

Le reste c'est quand même, selon moi, nettement moins adapté en particulier ça :

« Art. 33-5. – L’organisation de jeux vidéo en public ou en réseau est soumise à déclaration préalable auprès de l’autorité administrative.

« L’autorité administrative dispose d’un pouvoir de surveillance et de régulation concernant tout œuvre et document, et notamment les jeux vidéo organisés en public ou en réseau, ainsi que dans tout univers virtuel créé par ordinateur accessible aux mineurs. »


Il entends quoi par « régulation » M. Depierre ?

Les joueurs sont encore une fois exclus du débat alors qu'ils sont les premiers concernés mais ça on s'y attendait un peu.

Tiens j'y pense, comment ça peut tenir tout ça, avec des jeux accessibles au monde entier sur des serveurs situé on-sait-pas-trop-où généralement ? Les développeurs sont censé tenir compte de toute les législations où uniquement de celle du pays dans lequel sont les serveurs ?


Bon, y a plus qu'a attendre le résultat et ajouter un critère pour mes futurs bulletins vote....
Bohn O'Gure
Avatar de Bohn O'Gure
Le 13/2/2007 à 23:30:53
Cette proposition ne s'inspire t elle pas d'une mesure européenne proposée en Décembre (ou dans ces eaux là) par Franco Frattini, Vice-président de la Commission Européenne ?
Maintenant, je ne crois pas que ce projet de loi soit spécifique au MMO puisque c'est suite à l'interdiction de Rule of Rose et de Gears of War dans de nombreux pays anglo-saxons que la machine s'est "emballée" dans toute l'Union Européenne.

Je crois que ce projet vise essentiellement à surveiller les vendeurs qui ne font pas toujours très attention à l'âge de certains acheteurs.

Mais les recommandations qu'ils préconisent pour que les jeunes joueurs évitent d'accéder à quelques contenus choquants dans un MMO, j'ai du mal à voir leur utilité.
On peut toujours trompé de n'importe quelle façon une machine. Ce n'est pas en demandant sur un formulaire l'âge du joueur qu'on le protégera du contenu choquant. Ca reste le devoir des parents que de surveiller ce que fait leur progéniture.

Je pense qu'en France, avec l'AFJV, nous avons un bon représentant pour la défense des jeux vidéo et nous sommes légèrement moins puritain ou moraliste que d'autres pays.
Je crois que nous n'avons pas trop de soucis à nous faire qu'en à la censure de certains jeux-vidéo. Il y aura peut-être un peu plus d'options anti-violence mais aucune interdiction de diffusion.

Je ne pense pas que cela porte préjudice au MMO en général et qu'on ait à flipper comme les Américains qui pensent qu'avec cette mesure Age of Conan ne pourrait pas sortir.
Kiranos
Avatar de Kiranos
Le 14/2/2007 à 02:23:04
Citation de Bohn O'Gure :
Je pense qu'en France, avec l'AFJV, nous avons un bon représentant pour la défense des jeux vidéo et nous sommes légèrement moins puritain ou moraliste que d'autres pays.
Je crois que nous n'avons pas trop de soucis à nous faire qu'en à la censure de certains jeux-vidéo. Il y aura peut-être un peu plus d'options anti-violence mais aucune interdiction de diffusion.
Les zombies au sang vert de Carmageddon 2 et la disparition des enfants de Fallout 2 me font penser tout le contraire.

L'association Famille de France va continuer à nous les briser et on devra encore patcher pour retrouver le jeu original.
Et s'il n'y a pas les parents derrière, c'est ce que fera également le gosse de 12 ans qui matrisera déjà internet.
Uther
Avatar de Uther
Le 14/2/2007 à 10:00:33
A titre personnel, je dois avouer ne pas bien comprendre les objectifs du texte, ni comment ils pourront être mis en oeuvre.

Le système PEGI existe depuis quelques années maintenant, est utilisé partout en Europe et par tous les acteurs de l'industrie du jeu (un jeu console - 60% du marché français - par exemple, ne peut pas sortir sans classification et la plupart des éditeurs de jeux PC l'utilisent également). Je ne comprends pas vraiment l'intérêt de créer un nouveau système de classement. M. Depierre explique dans son exposé que le système PEGI est mal compris des consommateurs (ce qui est faux : de mémoire, 70% des consommateurs interrogés le comprennent), et il souhaite rajouter un pictogramme supplémentaire, franco-français et inverse à celui de PEGI. J'ai du mal à croire que le consommateur néophyte s'y retrouvera mieux.
Je me trompe peut-être mais il me semble que l'objectif est simplement de créer une nouvelle autorité dotée de pouvoir de sanction : c'est le discours de Famille de France depuis des années, qui souhaite interdire certains types de jeux (là où PEGI se contente d'informer le consommateur, le laissant libre d'acheter ou non).

Le texte prévoit de contrôler l'âge des acheteurs et des joueurs en ligne. Je me demande comment atteindre ce résultat. Les distributeurs (depuis les grandes surfaces jusqu'aux grands revendeurs spécialisés type FNAC) indiquent ne pas avoir les moyens de vérifier l'âge des joueurs (la caissière de Carrefour doit demander une pièce d'identité aux acheteurs de jeu ? ôO), d'autant que le "refus de vente" est une infraction en France...
Et à titre personnel, je ne vois pas bien l'intérêt : les jeux seront achetés par un majeur et il sera impossible de contrôler qui joue réellement (le majeur ou des mineurs de son entourage)...
A moins que ce soit l'objet du dernier article. Quid du "jeu en public ou en réseau" ? Pour caricaturer, un majeur invitant des mineurs à jouer doit-il se déclarer auprès de l'autorité ?


Mais plus largement, je ne comprends pas comment cette autorité peut espérer pouvoir contrôler tous les jeux mis à disposition sur le territoire français, avant et après leur sortie (surtout alors qu'elle exclut les mieux informés : les utilisateurs). Comment elle peut espérer contrôler tous les revendeurs, physiques et en ligne...
A titre personnel, j'y vois les espoirs de Famille de France se concrétiser (les poursuites devant les tribunaux ne donnent rien, donc autant créer une autorité autonome).


// edit : Pour informations, l'amendement de M. Depierre a été retiré (dixit, le site de l'Assemblée Nationale).