Quand le débat d'idées vire au harcèlement misogyne

Pour avoir pris position en faveur d'un contenu plus narratif et moins belliqueux dans les jeux, l'auteure Jennifer Hepler est qualifiée « cancer en train de tuer Bioware » et affirme faire l'objet d'un harcellement haineux de la part de certains joueurs.

C'est une évidence, le monde du jeu vidéo évolue : ce loisir un temps réservé à un public essentiellement masculin et plutôt jeune se démocratise et aujourd'hui, tous les publics ou presque jouent (jeunes comme vieux, masculins comme féminins). À en croire les blogs The Border House ou Kotaku, ce n'est manifestement pas du goût d'une certaines franges de joueurs (un brin intégristes ?) et Jennifer Hepler, auteure chez Bioware où elle a notamment travaillé sur Dragon Age et Star Wars The Old Republic, en fait expérience (amère).
La jeune femme révèle faire l'objet d'un « harcèlement haineux » de la part de certains joueurs, la qualifiant notamment de « cancer en train de tuer Bioware ».

Raison de cette ire vidéo ludique ? Outre « l'orientation gay de Shepard » (sic), le personnage principal de la série Mass Effect, des propos exhumés notamment d'une interview datant de 2006 (qui n'est manifestement plus disponible en ligne) où Jennifer Hepler affirmait que la part la moins enthousiasmante de son métier consistait à « jouer aux jeux » (précisant avoir des difficultés à s'immerger dans des jeux à la scénarisation décevante - précisait surtout être en passe de devenir jeune maman et ne pas alors avoir le temps de jouer). Elle suggérait surtout l'idée d'intégrer une option dans les jeux permettant de zapper les phases de combats pour permettre aux joueurs les moins belliqueux de n'en suivre que la narration interactive (au même titre qu'il est possible d'écourter les cinématiques de Star Wars The Old Republic pour ceux ne voulant pas les regarder intégralement et se consacrer aux phases d'action).

« La principale objection qu'on oppose à ce type d'option permettant de zapper les combats est que le jeu serait alors trop court. Mais pour moi, ce serait un atout. Si vous êtes une femme, plus particulièrement une mère, avec le dîner à préparer, les devoirs des enfants à corriger, et moult autre chose à faire, vous n'avez pas besoin d'un jeu nécessitant une centaine d'heures pour maintenir votre intérêt - plus particulièrement quand ces 100 heures portent sur un aspect que vous n'appréciez pas particulièrement. Un bouton « avance rapide » permettrait à tous les joueurs, pas que les femmes, offrirait la même possibilité que lorsque vous lisez un livre ou regardez un DVD, de passer outre les passages que vous n'appréciez pas et de mieux savourer ceux que vous appréciez vraiment. »

Pour ces propos, l'auteure qualifiée de « cancer, de peste et d'infection », ferait l'objet d'un harcèlement sur les réseaux sociaux (donnant lieu à des échanges fleuris notamment sur Twitter - où elle indique avoir compris que ses détracteurs lui reproche d'avoir « à la fois un vagin et un emploi dans l'industrie du jeu », voyant donc des relents misogynes dans la campagne dont elle fait l"objet) mais aussi par mail et par téléphone. Jennifer Hepler bénéficie du soutien de certains de ses collègues, devenant à leur tour la cible de ses détracteurs (une vidéo aurait notamment été publiée sur YouTube détaillant comment envoyer des « mails haineux » à David Gaider, également auteur chez Bioware et qui entend maintenant fermer son compte Twitter).
Qu'on partage ou non le point de vue des auteurs de Bioware, qu'on estime ou non que les « combats » sont nécessairement parties intégrantes d'un jeu vidéo, on peut sans doute s'interroger sur les proportions que prennent ces échanges « d'idées » autour... d'un jeu vidéo.

Mise à jour (22 février) : Ray Muzyka, cofondateur de Bioware, s'exprime sur les forums officiels et prend la défense de Jennifer Hepler.

« Jennifer est une salariée talentueuse et de valeur, qui travaille chez Bioware depuis de nombreuses années et nous espérons qu'elle restera avec nous encore pour longtemps. Il est horrible de constater que quelques personnes aient décidé d'en faire la cible de leur haine et de leurs menaces, allant jusqu'à fabriquer des messages de forums et les lui attribuer, et de la stigmatiser pour des projets sur lesquels elle n'a pas travaillé (par exemple, Jennifer n'a même jamais été membre de l'équipe d'auteurs de Mass Effect). Chacun d'entre nous, ici chez Bioware, la soutient et continuera de pleinement soutenir Jennifer, et nous sommes heureux de voir que tant de gens par ici lui apporte également leur soutien durant ses moments difficiles. »
Dr. Ray Muzyka, cofondateur de Bioware / vice-président senior d'Electronic Arts.

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