L'abonnement mensuel est loin d'être mort, dixit Ryan Dancey

Le free-to-play aurait supplanté l'abonnement mensuel et les gros MMO seraient donc condamnés à l'échec. Une affirmation sans fondement selon Ryan Dancey (Goblinworks), qui voit l'abonnement comme le complément indispensable des micro-transactions.

Voici quelques jours, le cadre des traditionnelles prophéties pour 2014, Paul Tassi promettait dans les colonnes de Forbes l'échec commercial à venir d'Elder Scrolls Online. Son principal argument ? Le MMORPG de ZeniMax Online entend se financer au travers d'un abonnement mensuel et le modèle économique serait aujourd'hui obsolète, dans un marché largement dominé par le free-to-play.
On subodore que les qualités ludiques d'Elder Scrolls Online détermineront plus volontiers son succès ou son échec, mais Ryan Dancey (qu'on connait pour avoir été en charge de la monétisation d'EVE Online avant d'être aujourd'hui à la tête du studio Goblinworks, le développeur de Pathfinder Online) s'attache à répondre à l'affirmation de Paul Tassi dans les colonnes de MMORPG.com, considérant que l'abonnement est loin d'être mort dans l'industrie du MMO.

L'abonnement mensuel est loin d'être mort, dixit Ryan Dancey

Ryan Dancey s'appuie d'abord sur un simple constat. Aujourd'hui, selon lui, les joueurs dépenseraient près de 100 millions de dollars chaque mois en abonnement aux principaux MMO occidentaux - il détaille son évaluation dans le tableau ci-contre.
Un montant imposant qui tend à démontrer que nombre de joueurs restent prêts à débourser le prix d'un abonnement mensuel pour jouer. Mais au-delà du simple constat, Ryan Dancey considère surtout que l'abonnement mensuel reste profondément ancré dans les moeurs vidéo ludiques et qu'il s'inscrit aujourd'hui dans une approche plus large des modèles économiques de MMO.

Ryan Dancey refuse en effet d'opposer abonnement et free-to-play (micro-transactions). Selon lui, les deux modèles présentent des intérêts pour les exploitants et pour les joueurs. L'abonnement assure un revenu fixe et régulier à l'exploitant tout en proposant une dépense facile à appréhender pour le joueur. Le free-to-play permet à l'exploitant de gagner parfois plus que le seul montant d'un abonnement (car des joueurs sont prêts à payer plus, tous les mois, que les 15 dollars d'abonnement) et permet tout autant de faire tomber les barrières économiques pour des joueurs pouvant jouer gratuitement pour découvrir un titre avant d'y investir quelques euros.
Et si les deux modèles intègrent des avantages et des inconvénients, la réalité du marché aujourd'hui fait que la plupart des acteurs du secteurs exploitent déjà conjointement les deux modèles (Turbine en avait été le précurseur avec Lord of the Rings Online). Ainsi, nombre de jeux dits gratuits intègrent déjà un abonnement optionnel en plus de leur boutique d'objets et les joueurs jouent déjà à la carte.

En d'autres termes, selon Ryan Dancey, affirmer qu'un MMO à abonnement est condamné à l'échec n'a pas de sens - et d'évoquer le cas de Guild Wars 2, considéré comme un succès commercial après avoir généré un chiffre d'affaires d'environ 100 millions de dollars grâce à la vente de 3,5 millions de boîtes de jeu et qu'il met en perspective avec Star Wars The Old Republic, considéré comme un échec commercial depuis son passage en free-to-play mais qui génère le même chiffre d'affaires chaque année grâce à ses 500 000 abonnés. Dans ce contexte, s'il considère que l'avenir appartient sans doute aux projets modestes, conçus rapidement pour un public bien ciblé (comme Pathfinder Online et son budget de « moins de 10 millions de dollars »), selon lui, Elder Scrolls Online pourra néanmoins trouver sa place économique sur le marché des MMO en 2014, entre la vente de boîtes (Skyrim s'est écoulé à sept millions d'exemplaires) et un abonnement mensuel, en plus d'éventuels services payants supplémentaires non annoncés à cette heure, mais que Ryan Dancey imagine déjà.

L'économiste considère quoiqu'il en soit qu'abonnement et micro-transactions sont d'ores et déjà les deux faces d'un même modèle économique, dominant déjà l'industrie du MMO et permettant, selon lui, que joueurs et éditeurs y trouvent leur compte. L'abonnement serait donc loin d'être mort face au free-to-play. Il serait juste devenu le complément indispensable des micro-transactions (et inversement).

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