« SimCity pour de vrai », le jeu web documentaire Fort McMoney est disponible

Le MMO peut être plus ou moins subtile : Fort McMoney innove et se présente comme un projet hybride mêlant web documentaire interactif et jeu en ligne communautaire au coeur de l'industrie pétrolière du grand nord canadien.

Bien souvent, avec plus ou moins de subtilité, le MMO invite à éradiquer de cohortes de monstres, zombies et autres mutants. Parfois, le jeu en ligne peut prendre une orientation un brin différente et inviter à une forme de réflexion. C'est le pari de David Dufresne, qui lance tout juste Fort McMoney, un projet hybride mêlant web documentaire et jeu en ligne communautaire.

« SimCity pour de vrai », le jeu web documentaire Fort McMoney est disponible

Le réalisateur David Dufresne, qu'on connait déjà pour être à l'origine du web documentaire Prison Valley (plusieurs fois primé) récidive et s'intéresse cette fois à l'industrie pétrolière. Après plusieurs mois de tournage à Fort McMurray, petite ville du grand nord canadien vivant de l'exploitation de son sous-sol et attirant des cohortes de pionniers en quête d'or noir, David Dufresne en tire non pas un « simple » film documentaire, mais Fort McMoney, un objet hybride et interactif : des dizaines d'heures de film, de témoignages et d'enquête, mais que le joueur / spectateur découvre au gré d'épisodes successifs, de son exploration de la vile et de ses interactions avec ses habitants (bien réels). Et David Dufresne va un peu plus loin en confiant la gestion de la ville aux joueurs eux-mêmes : à eux de décider de l'orientation de la cité (entre prospérité économique, intérêt politique et désastre écologique) dans un « SimCity pour de vrai ».
Le réalisateur entend proposer une vraie « simulation », non pas pour réaliser un divertissement, mais « en utilisant les codes du jeu et la mécanique ludique pour réaliser un film délinéarisé ».

Le projet ne se veut pas foncièrement militant (parmi la cinquantaine de témoins qu'on peut croiser au gré de son exploration, on rencontre aussi bien le PDG de Total que les écologistes locaux), mais sa forme invite l'internaute curieux à mener lui-même sa propre enquête pour se forger une opinion. Et surtout en débattre.
Chaque problématique sociétale abordé dans Fort McMoney peut donner lieu à des votes interactifs ou référendums (une fois par semaine, le dimanche) afin d'orienter la vie collective de la cité virtuelle (sur sa politique en matière d'éducation, de protection de l'environnement, etc.) et les participants sont invités à en débattre. Et comme Fort McMoney se veut aussi un vrai jeu en ligne, chaque action in-game rapporte des points de réputation (plus on se montre curieux, plus on accumule de points pour faire progresser son avatar) et plus on a de points (plus on est informé, donc), plus le vote a de poids au sein de la communauté.

Le projet, chapeauté par Arte, l'Office national du film du Canada, le Fonds des médias du Canada et l'agence canadienne Toxa (fort d'un budget de plus de 600 000 euros), espère attirer 10 000 « joueurs » actifs après un moins d'exploitation. On ignore encore s'ils répondront présents, mais Fort McMoney a sans doute au moins le mérite de mettre pleinement les mécaniques ludiques au service du discours défendu et de poser les bases d'un type de média complet, entre jeu, documentaire et plateforme communautaire. Fort McMoney est disponible à cette adresse, en français, anglais et allemand.


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