WildStar : Lost in Space

5/10
WildStar, un nom qui m'a intrigué dès que j'ai pris connaissance du projet voilà maintenant deux ans. Pas ou peu d'images à l'époque mais de brèves annonces qui sonnaient comme autant de promesses : combats dynamiques, pas de ciblage, un brin "old school" et parsemé de trouvailles. De quoi titiller les neurones de tout nomade du MMO.
L'inscription au bêta-test n'a pas tardé et j'ai reçu peu après, un beau matin que celui là, le mail tant attendu qui me permit d'entrer de plein pieds dans cet univers si prometteur. C'était il y a un an... joie, bonheur et félicité... mais voilà, c'est loin "un an"...
Je suis du genre bêta testeur flegmatique, dilettante et pas du tout investigateur. Je joue peu en profondeur de manière à préserver le plaisir de la découverte lors de la sortie. Vous en conviendrez, je ne suis pas franchement un testeur assidu et perspicace, tout juste un promeneur doublé d'un éclaireur histoire de prévoir le futur. Bref, je me suis intéressé à trois classes et à une seule des faction, je n'ai jamais dépassé le niveau 8 et je fermais les yeux sur l'histoire et l'univers, de façon à ne rien éventer. Cette période dura deux mois durant laquelle je posais la base de mon futur choix : "plus tard quand je serai grand, à la sortie du jeu : je deviendrai un arcanero dans les rangs d'un empire implacable". C'est dingue comme on peut s'emballer pour des cascades de pixels.

A la minute où j'écris ma bafouille je suis presque ému de la candeur dont je fus victime à ce moment là. Emu, oui, mais aussi crédule et un tantinet idéaliste quand même. Car voilà, j'ai posé mes valises durant un mois et demi dans le jeu avant de partir en courant vers la sortie, vers l'oxygène.

Mes écrits peuvent paraître durs, il est temps pour moi d'expliquer en détail pourquoi. Je vais le faire d'une manière scolaire dans le but de rester synthétique.

A- Prise en main du jeu :

Dès l'affichage du tableau d'accueil le ton est donné : c'est à un univers futuriste que l'on a affaire. C'est très design, bleu, géométrique et un poil froid comme l'espace. La sacro sainte étape de la création de personnage se réalise selon un protocole désormais établi dans les MMO : faction/classe/sexe/personnalisation de l'avatar. C'est très cartoon et même proche de la caricature au niveau du faciès et de la morphologie de son personnage. C'est surprenant et on ressent un parti pris artistique qui est assez réjouissant tant le style graphique n'est pas si commun. Les graphismes seront évoqués avec plus de détails plus loin. Deux bémols tout de même pour la création du personnage : pas grand chose de glamour pour les visages et pas de paramètres de taille du personnage !

Un clic : l'aventure commence.

B- Les graphismes :

La première chose qui claque aux yeux se sont les couleurs. Ici on ne fait pas dans le pastel, tout est flashy et très marqué, réellement dans l'esprit cartoon. Les perspectives sont remarquablement accentuées et la forme des structures rappelle ce que l'on a aperçu durant des années sur WoW. La direction artistique est impeccable. Je ne rentre pas dans le débat opposant le réalisme au cartoon, c'est une affaire de goût. Sur WildStar, la réalité est abordée en grossissant le trait et en couvrant les scènes de très nombreux détails, témoins du soin qui a été apporté à la crédibilité de l'univers, du moins au niveau des graphismes...
Les paysages sont riches et rien n'a été laissé de côté : la faune, la flore et les objets ont une forte personnalité. Quant aux bâtiments (côté Dominion) de la capitale, on note une cohérence architecturale qui renforce l'impression de grandeur et de force démesurée. Mention spéciale pour le style médiévofuturiste.

Le soucis avec des tels graphismes est qu'au bout d'un moment, à la manière d'un cupcake trop sucré : on est écœuré, à la limite de l'indigestion visuelle.

C- Gameplay :

Dynamisme et nervosité sont au rendez-vous. L'absence de ciblage, les esquives et les télégraphes sont des éléments qui rendent tout combat virevoltant. C'est très technique et cela débouche sur la nécessité de se forger un "skill" sous peine de trépasser toutes les 30 secondes. Ici, on est sur Wildstar : on ne tue pas des mobs en frappe automatique et en mode "poteau". Cela pousse à l'excellence et à l'autocritique permanente. C'est pour moi LE point fort du titre. Il partage avec TERA la première place sur le tableau des combats les plus haletants. Pour le reste, on place des techniques / sorts dans une barre. Leur nombre est limité. Tout est affaire de choix et pertinence. Assaisonnons tout cela avec de précieux points à placer dans le niveau des sorts à utiliser ainsi que les AMP et on obtient une complexité tactique qui réjouira celui qui consacre ses neurones au theorycrafting. Ce dernier n'est pas une diversion pour les joueurs HL comme sur d'autres titres mais s'avère être un devoir au fur et au mesure de l'avancement dans le jeu.

D- Interface :

Je vais faire court : elle est immonde. C'est le cirque ! Heureusement que les add ons existent et permettent de pallier aux défauts d'ergonomie.

E- Difficulté :

Elle a fait le buzz sur beaucoup de forums spécialisés. "Enfin un jeu difficile" serais-je tenté de crier tant j'en ai ma claque des MMO dans lesquels on se bat en mode semi afk. Tout est affaire de doigté sur Wildstar ; les placements, les déplacements, la gestion des aggros. Je comprends que beaucoup trouvent la note un peu salée, mais franchement, qu'avons nous réellement à penser des jeux sans réel challenge ?

F- Histoire/Lore/Univers/Quêtes :

Il fallait bien y arriver un jour, à ce point plus que scandaleux qui m'a fait partir d'un jeu dont je me serai bien acquitté si jamais quelconque cerveau à l'imagination étriquée n'avait pas pondu une telle ineptie narrative. Plaçons le décor : un empire totalitaire, consanguin et dépravé jette son dévolu sur l'intégralité de l'univers et en particulier sur une petite planète. Tout comme les rebelles exilés pourchassés par ledit Empire. Bon, comme début, ça se présente pas trop mal. On a connu pire. Là où ça se corse c'est au niveau de l'implication du joueur planqué derrière son avatar. Déjà, les deux protagonistes se partagent les mêmes classes, comme dans tout bon MMO classique. Mais ça casse le côté chasseur/chassé puisque l'un et l'autre ont les mêmes avantages.
Si le joueur veut en savoir plus il doit collecter des cubes contenant du lore, mécanisme présent aussi dans de nombreux jeux (par ex TSW). Par contre, la faiblesse narrative apparait au grand jour dans les quêtes qui à de très rares exceptions opposent les buts des deux factions en dehors des sempiternels nettoyage d'avant postes et d'éradication d'avant gardes. On enchaine ici des dizaines de quêtes (le ratio au mètre carré est impressionnant) toutes plus vulgaires les unes que les autres sans qu'aucun contenu dramatique/épique ne vienne investir le joueur d'un but supérieur, d'une cause qui le lie à sa faction. En fait, les quêtes sont un alibi à l'utilisation et au perfectionnement du skill. Ce n'est pas très surprenant en phase de leveling me direz vous, sauf que sur ce titre la quantité abominable de quêtes dilue l'implication du joueur en faisant de son avatar une bonne à tout faire, un mercenaire qui combat tout et n'importe quoi, en omettant de lui rappeler des temps à autres la-raison-pour-laquelle-il-a-posé-les-pieds-ici. Dans tous les MMO sur lesquels je me suis penché, les quêtes, de manière subtiles, remplissent à la fois un rôle didactique et littéraire. Elles construisent et enseignent le gameplay tout en faisant vivre une aventure "hors du commun" qui justifiera l'expérience du joueur une fois le haut niveau atteint. Ici... c'est le désert. Tout est prétexte à utiliser le skill, afin de pourfendre de l'animal, du végétal et du mécanique... ad nauseam.
Ce qui rend la montée des niveaux pénible, absurde et très nettement ennuyeuse. Je n'ai pas eu le courage de monter plus de 44 niveaux. Malgré toutes ses heures passées, je ne sais toujours pas pourquoi mon avatar gambade joyeusement sur cette planète depuis qu'il a quitté son vaisseau colonisateur. Pour coloniser ? Ah oui... sans doute...

On ne se fait pas forcément des amis en critiquant durement. J'en ai conscience. Mais plus que tout je suis déçu de voir une telle maestria technique ruinée par la choix de l'éditeur de tout miser sur le skill et la difficulté en oubliant au passage combien il est important de créer un sentiment de vivre une aventure. Depuis les grecs, on appelle ça de la dramaturgie. c'est essentiel pour le vécu et le partage de l'expérience. A leur façon, le jeu de l'oie, le Monopoly, Pac Man (oui, aussi) ont une part de drame qu'ils nous font partager. Mais pas ici sur WildStar. Le seul drame, c'est quand tu cherches l'histoire...
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Note moyenne : (226 évaluations | 12 critiques)
6,2 / 10 - Assez bien
Evaluation détaillée de WildStar
(76 évaluations détaillées)

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