« Le financement participatif s'essouffle lui-même »

Le financement participatif a la cote auprès des développeurs. Pourtant, selon Chris Taylor, du fait d'un trop grand nombre de sollicitations, le modèle s'essouffle de lui-même.

Depuis un peu plus d’un an, les créateurs de jeux ont de plus ne plus régulièrement recours à des campagnes de financement participatives (en sollicitant directement une masse de joueurs par exemple sur la plateforme Kickstarter, plutôt que des investisseurs traditionnels) pour boucler le budget de leur prochain jeu. Et certains exploitants parviennent à mobiliser des communautés entières et ainsi lever parfois des millions de dollars (Star Citizen en est sans doute un exemple emblématique).

« Le financement participatif s'essouffle lui-même »

Pour autant, selon Chris Taylor, le CEO du studio Gas Powered Games (Total Annihilation, Supreme Commander) qui intervenait aujourd’hui à Hambourg dans le cadre de la Casual Connect Europe et dont les propos sont rapportés par VentureBeat, cette méthode de financement commence déjà à s’essouffler et n’a que peu d’avenir.
Evidemment, son discours n’est sans doute pas totalement anodin puisqu’il espérait lever 1,1 millions de dollars auprès des joueurs sur KickStarter pour financer WildMan, un MOBA, et vient d’annuler la campagne quelques jours avant son terme (en un mois, les joueurs lui ont proposé tout juste 500 000 dollars). Et on comprend la suspicion des investisseurs amateurs : dans la foulée de sa campagne de financement, Chris Taylor annonçait des licenciements chez Gas Powered Games et conditionnait la survie de son studio à la générosité des joueurs.

Mais au-delà de son cas personnel, le CEO estime que le financement participatif change l’industrie du jeu. Les joueurs sont très largement sollicités, se montrent dès lors plus critiques et méfiants et tendent alors à agir comme des investisseurs traditionnels. Une approche compréhensible, mais qui tranche avec la philosophie première du financement participatif qui se veut moins risqué (on parie plus volontiers 10 dollars au sein d’un groupe que 10 millions tout seul) et plus impulsif.
En outre, avec le financement participatif, les joueurs s’investissent (dans tous les sens du terme) d’avantage et plus intensément dans le développement de jeux. Mais dès lors qu’ils ont misé quelques (dizaines, centaines, milliers de) dollars sur un projet, ils seraient enclins à le suivre, à en attendre la sortie, et donc à délaisser le financement de projets concurrents. Au risque de paralyser une industrie en quête de fonds et d’attention. Selon le CEO, le modèle économique qui se voulait une alternative aux circuits traditionnels et devait porter des projets atypiques ne reconnait pas l’originalité des projets qui lui sont proposés et promeut des blockbusters en puissance.
Chris Taylor se dit lui-même dans une optique très « cynique » aujourd’hui, du fait de ses déboires financiers (et l’absence d’aides de l’industrie vidéo ludique quand il en avait besoin). Pour autant, s’il dit être passé près de la faillite malgré 15 ans d’expérience, il affirme aussi être « toujours présent dans le business ». De quoi encourager la promotion de projets originaux ?

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